Jeudi 6 août 2009 4 06 /08 /Août /2009 06:56

Est-il nécessaire de rappeler à ce niveau que l'œuvre que je vous propose est une fiction romanesque ? En tout état de cause, de la première à la dernière ligne, son auteur ne cesse de s’y réclamer de la littérature moderne avant toute autre parenté, pour autant que le roman puisse être le vecteur d’une démarche saine et intelligente aidant à faire éclater une vérité donnée, et pourvu que cette dernière ait un dénominateur commun entre tous les êtres humains. Par ailleurs, et le lecteur ne doit pas s’y tromper, cet ouvrage n’est pas un manuel d’embrigadement. Ni son contraire ! Tout un chacun aurait donc eu à le lire avec lucidité, discernement et esprit critique. Ou à s’en détacher royalement. Délibérément, et à aucun moment, l’auteur ne cite le noble nom du pays où se déroulent ces chroniques, car de son point de vue, vu leurs agissements, la majorité des personnages jouant le rôle négatif des méchants cités comme cadres dirigeants assurant des responsabilités publiques, ou comme exécutants de basses besognes, ne sauraient se prévaloir en toute légitimité de l’honneur de sa nationalité. Mais vu sous un autre angle, l’auteur n’a pas voulu donner pour cadre à ses écrits un pays postiche pour tout l’or du monde. S’il avait, dans la foulée, décidé de ménager toutes les susceptibilités, il aurait pu choisir un Etat imaginaire, dénommé par exemple «Utopia», à une latitude de terres inexplorées, jetant le discrédit sur un peuple inconnu. Déplacée de son terroir, ses textes auraient certainement perdu toute leur originalité et leur respiration. Par bonheur, il croit avoir dépeint au fil des pages plus de belles choses que de mauvaises. Par ce roman, il a tenté de faire suivre à la trace les itinéraires de femmes et d’hommes ayant pris à une période de leur vie le même chemin. En parallèle, il a laissé se dérouler, sans dessein inavouable de le dévoyer, l’écheveau des événements politiques du moment dans cette région du monde, avec pour toile de fond la délicieuse histoire d’amour du personnage principal de cette saga, indéniablement enfant émérite de ce peuple dans sa vie de tous les jours. L’auteur assume ses écrits. Il n’estime pas avoir eu à trahir les constantes véritables de la nation dont il est issu, ou à jeter intentionnellement opprobre sur aucune personne vivante ou morte. Il n’est pas dans ses intention d’attiser les haines, de susciter aucune sorte de vindicte populaire vaine, mais d’aider plutôt à un éveil salutaire des consciences, afin que certains faits tels que ceux rapportés dans le script ne se reproduisent jamais. Il ne considère pas avoir «livré» des secrets militaires. Ceux qui croiront en avoir découvert dans cette série romanesque se trompent. En revanche, les agissements de certains personnages, leurs techniques de torture, ressemblant à s’y méprendre à celles du dernier colonisateur, actes répréhensibles abondamment détaillés dans le texte, et qui sont monnaie courante dans la réalité, doivent être dénoncés avec la plus grande détermination. Si pardon il y a, seules les victimes elles-mêmes peuvent le décider. Si tant est que Dieu accepterait.Le contexte militaire dans lequel se déroule ce roman n’est pas fortuit. Cependant l’armée ne doit pas être considérée, ici, comme une cible en soi. Des indices existant ça et là dans les cinq tomes de la série le démontrent. Ils sont explicites et tentent de persuader le lecteur du contraire. Car, comme le personnage de Tewfiq Baali, ce citoyen cultivé, clairvoyant, actif, sage, réservé, responsable de ses actes, comme l’auteur, témoin intraitable et irréductible de son temps, comme tous les militaires du monde, exécutants le plus souvent des instructions de leurs supérieurs sans états d’âme, comme la société en général, amnésique de nature, égoïste par nécessité, très peu encline à punir les bourreaux, l’armée, ainsi que tous les corps constitués d’un Etat, peuvent être les victimes conscientes ou inconscientes des systèmes, qui seraient tentés de les utiliser pour de sombres tâches, au nom de la «sacro-sainte» obéissance aux ordres. Le grand danger est que l’armée se considère elle-même «apte à décider» pour la nation. Son rôle, essentiellement et avant tout, est de la défendre contre des périls extérieurs. Cette institution, microcosme de toutes les composantes de sa population, doit également constituer un rempart contre la dérive des politiciens véreux de tout bord. Ce rempart se trouve être, seulement et simplement, le principe idoine de ne pas prendre position dans les rivalités politiques. Une armée ne saurait être contre son peuple. Il est vrai qu’elle se doit d’intervenir, mais seulement par mandat constitutionnel, lorsqu’une anarchie s’instaure dans le pays, mais pas au point d’aider à garder sous perfusion au pouvoir un régime politique illégitime, rétrograde et pervers jusqu’à l’horreur. Un des grands débats institutionnels universels du XXIème siècle est de considérer la neutralité des armées, face à des tendances plurielles démocratiques de projets politiques, comme la plus grande victoire remportée par l’humanité depuis la création de l’épée et du bouclier. La richesse sociologique d’un peuple est dans sa pluralité, et en même temps dans son unité. La seule et véritable trahison d’un intellectuel est d’accepter volontairement, passivement, craintivement, l’occultation des problèmes de la nation dont il est issu, car quelque part, il est redevable de la faculté de discernement dont l’a doté son Créateur, unique dispensateur de richesses, et tombeur implacable des dictateurs. Tôt ou tard, la fin des tortionnaires et de leurs commanditaires est toujours douloureuse. Maladie incurable, malheur, humiliation. Anathème de leurs contemporains. Malédiction du Seigneur des cieux et de la Terre. Les peuples tourneront le dos jusqu'à la fin des temps aux apprentis sorciers qui s'autoproclament leurs dirigeants, les spoliant de victoires électorales justes, à la suite de scrutins électoraux douteux. Aucun putschiste n'a le monopole du patriotisme et de premier collège d'une nation. Aucune loi sur l'édition ne pourra mettre un carcan à la liberté d'écrire, tant que l'écrivain ne touche pas à la dignité des personnes, en les citant nommément, et en les diffamant pour des crimes qu'ils n'ont pas commis. La sûreté d'un Etat doit être défendue avant tout par les citoyens, avec tous les moyens dont ils disposent, notamment lorsque des dirigeants sont des spoliateurs du pouvoir politique, des banqueroutiers de l'économie du pays et des traîtres à la nation. Devant des systèmes qui monopolisent les moyens d'informations, qui vérouillent les libertés, qui dilapident les richesses du peuple, utiliser la violence pour les contrer ne ferait qu'alimenter le feu intérieur qui les dévore. Il leur serait aise alors de prendre à témoin l'opinion mondiale:«Ne nous l'avons-vous pas dit?... ces groupuscules utilisent des commandements de religion pour vous terroriser... soutenez-nous... nous allons débarrasser cette vermine de la surface de la terre! » Ce sont eux les véritables terroristes, relais d'un vaste complot machiavélique, à l'échelle de la planète, visant à discréditer une religion donnée. Un proverbe bien de chez nous dit:«Le ciel est loin de l'aboiement des chiens.»L’auteur a une haute opinion de la valeur de l’écriture et il n’en fait pas un gagne-pain mesquin. Il ne l’utilise pas pour plaire ou déplaire, mais pour dire les choses. Certains de ses propos peuvent parfois fâcher, que des cercles proches de tous les pouvoirs en place continuent de considérer, à l’ère de l’Internet et de l’effondrement des frontières médiatiques, comme tabous. En réalité, comme d’autres avant lui l’ont fait ici et ailleurs, tout à la fois témoins et acteurs de l’histoire de l’humanité, il a dépeint des questions de société, d’éthique, et de parcours existentiel. Son ouvrage tente d’ajouter quelques modestes pierres à l’édifice de la Vérité, qu’il y a lieu de reconstruire inlassablement et en permanence, tant l’empire du mal ne cesse de tenter de le démolir jusqu’aux fondations. Pour conclure, et afin qu’on ne se méprenne point de ses nobles intentions et de son altruisme, l’auteur n’a pas décidé de mettre ses écrits à la disposition du public par amertume, rancœur, esprit de vengeance, ou appât du gain et de la célébrité. Il estime avoir écrit ses textes avec toutes les nuances du prisme de l’arc-en-ciel. Il a toujours fait faire à son personnage principal son autocritique pour des actes jugés équivoques ou répréhensibles. Il a autant que possible affirmé tout à la fois des thèses et leurs antithèses. Il a constamment cherché à placer ses écrits à un niveau élevé des degrés de l’art littéraire et de la culture universelle. Il accepte de poser ses livres sur la balance de la qualité, mais il refuse de les brader, ni avec facilité et légèreté qu’on les réduise au silence. A-t-il réussi ? Du moins, il aura essayé. C’est à vous, chers critiques littéraires de donner en toute honnêteté votre point de vue sur l’œuvre, à vous cher éditeur le mérite d’oser faire chemin avec son auteur, et à toi cher lecteur le mot de la fin !


El Kadiri 

Par El Kadiri - Publié dans : Littérature.
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